Publié le 24/03/2017

Du moyen-âge ... à la Renaissance

Du moyen-âge...

Le jardin, c’est l’expression d’une nature domestiquée. Dans le Val de Loire on en trouve toutes les formes. Il est présent à toutes les époques et toujours fortement aujourd’hui. Véritable patrimoine vivant du territoire, la notion de jardin est au cœur de l’inscription du Val de Loire sur la Liste du patrimoine mondial.

 

Une vision médiévale symbolique

Le jardin s’est vu attribuer, au Moyen-Age tout particulièrement, de nombreuses vertus symboliques. Traité par de nombreux artistes, le thème du jardin a suscité un débordement imaginatif. Vu comme l’œuvre de Dieu sur terre il se doit alors d’être un reflet de l'Eden, l’image d’une nature idéale, et tout doit y évoquer la perfection et la beauté divine. On retrouve cette vision d’une nature idéalisée sur de nombreuses tapisseries et la description de tels jardins est fréquente dans la littérature médiévale.

Laïc ou religieux, le jardin médiéval

Alimentaire et médicinal, le jardin médiéval est principalement utilitaire. Avec des branchages tressés pour les carrés et la clôture, orné de quelques fleurs et planté de fruitiers en espalier, il trouve une place de choix notamment dans les abbayes où cet art sera particulièrement développé.

Une ordonnance de Charlemagne (fin VIIIe siècle), le Capitulaire de Villis, réclame de la part de ses domaines un certain nombre de règles pour les modes de culture. Y sont énumérées notamment les plantes que ces domaines se doivent de cultiver. La liste principale rassemble 94 plantes : 73 herbes, 16 arbres fruitiers, 3 plantes textiles et 2 plantes tinctoriales.

Toutes les plantes citées sont connues de longue date. La volonté est d'obtenir une organisation et un équilibre idéal entre plantes alimentaires, médicinales, textiles, tinctoriales voire décoratives. Des hypothèses attribuent la rédaction de ce capitulaire au scribe Alcuin, qui fut abbé de Marmoutier, à côté de Tours.

Le modèle des jardins médiévaux est celui de l'hortus conclusus : jardin clos, partagé en espaces thématiques et ordonnés. L'hortus (le potager) est généralement plus grand que l'herbularius (le jardin médicinal, ou des simples), mais ils sont organisés de la même façon, en parterres réguliers : planches carrées ou rectangulaires, surélevées et délimitées. Le carré est le plus souvent bordé de passages, facilitant le drainage et l’irrigation. Cette forme de damier permet la réverbération et ainsi un réchauffement beaucoup plus rapide de la terre et protège, l'hiver, une grande partie des racines.

Ces jardins potagers et médicinaux, en damiers, rationnels et géométriques, seront la norme de tous les jardins du Moyen-Âge jusqu'au XVe siècle, qu'ils soient laïcs ou religieux.

….à la Renaissance

 

L’apparition de châteaux d’un genre nouveau à la fin du XVe siècle sur les bords de Loire se double d’un nouvel art des jardins. Les premiers modèles sont importés d’Italie grâce à Charles VIII et Louis XII. Les jardins qui ne fournissent jusqu’alors que des plantes médicinales, des fruits et légumes pour l’alimentation et des fleurs pour le parfum, trouvent aussi une vocation décorative.

Le jardin à la française : une influence italienne

Dès la fin du XVe siècle, le Val de Loire reçoit l’appellation de « Jardin de la France ». Ce gratifiant surnom, inspiré par la douceur de vivre dans cette région, sera désormais pour longtemps propice au développement de l’art des jardins.

Louis XI, dans son château tourangeau du Plessis-les-Tours, fait aménager au milieu du XVème siècle un jardin qui motive l’admiration des visiteurs et chroniqueurs d’alors. Mais le changement dans l’art des jardins survient au retour des premières campagnes d’Italie. L’artisan principal en est Pacello de Mercogliano (vers 1455- 1534).

Revenu d’Italie en 1495 avec Charles VIII, il fait preuve de son talent novateur. Les jardins de Blois et d’Amboise sont les premiers marqués par cette influence. Ils prennent des formes ordonnées, géométriques, et sont souvent ornés de broderies de buis. Répondant à des principes architecturaux, le jardin doit avoir un décor régulier et un aspect artificiel. Rien n’est laissé à la fantaisie, la nature est maîtrisée.

Le style nouveau du jardin d’Amboise réalisé vers 1495-1498 est reconnaissable sur le plan dressé par Androuet du Cerceau en 1570. Ce jardin révèle une double association : les parterres et l’architecture, et constitue à l’époque une grande nouveauté. Une galerie en bois entoure l’intérieur et la maçonnerie de pierre dessine des fenêtres sur le panorama. La géométrie des parterres et le dessin des motifs sont les grandes règles de ce style où apparaît également l'art topiaire (la taille des végétaux) avec des formes géométriques ou figuratives : sphères, cônes, pyramides, cubes…

De 1499 à 1510, Pacello de Mercogliano poursuit son œuvre à Blois où il aménage à proximité du château d’immenses jardins s’étageant sur 3 terrasses. Le jardin bas, divisé par des allées parallèles de parterres réguliers et symétriques, est formé de buis, de plantes médicinales et aromatiques, dessinant des motifs complexes. Le potager lui aussi est modifié et des formes géométriques apparaissent alors dans les parterres de légumes. Au milieu, le jardin de la Reine, objet de grands travaux de nivellement, est soutenu par de puissantes maçonneries.

Cette caractéristique de terrassements réguliers et parfois étagés s’accentuera au fil du temps faisant du jardin alors dit « à la française », l’œuvre de paysagistes autant que de maçons.